Speak white, un poème de Michèle Lalonde

Suite à cette suggestion pertinente de MFL, voici un autre court métrage de Pierre « Mussolini » (sic) Falardeau et Julien Poulin portant sur le poème Speak white de Michèle Lalonde. Avec la voix de Marie Eykel, la comédienne qui a joué le personnage de Passe-Partout, en prime! À part le terme « peuple », qui est une abstraction collective, quoique moins pire que celle de « nation », il n’y a rien d’autre de choquant pour un anarchiste dans ce poème, en principe. Malgré les dérives nationaleuses étatistes de certains séparatistes, incluant Falardeau lui-même (mais il était loin d’être le pire!), les anarchistes devraient toujours privilégier l’autodétermination des peuples (oui, je sais, la liberté des individus est la priorité mais c’est un moindre mal pour commencer!) plutôt que la centralisation néo-colonialiste, qui est une variété encore plus criminelle du nationalisme étatiste.

Encore une fois, voici le film, suivi du texte. Bon visionnement et bonne lecture!

Speak white

Speak white!
Il est si beau de vous entendre
Parler de Paradise Lost
Ou du profil gracieux et anonyme qui tremble dans les sonnets de Shakespeare

Nous sommes un peuple inculte et bègue
Mais ne sommes pas sourds au génie d’une langue
Parlez avec l’accent de Milton et Byron et Shelley et Keats
Speak white!
Et pardonnez-nous de n’avoir pour réponse
Que les chants rauques de nos ancêtres
Et le chagrin de Nelligan

Speak white!
Parlez de choses et d’autres
Parlez-nous de la Grande Charte
Ou du monument à Lincoln
Du charme gris de la Tamise
De l’eau rose du Potomac
Parlez-nous de vos traditions
Nous sommes un peuple peu brillant
Mais fort capable d’apprécier
Toute l’importance des crumpets
Ou du Boston Tea Party

Mais quand vous really speak white
Quand vous get down to brass tacks

Pour parler du gracious living
Et parler du standard de vie
Et de la Grande Société
Un peu plus fort alors speak white
Haussez vos voix de contremaîtres
Nous sommes un peu durs d’oreille
Nous vivons trop près des machines
Et n’entendons que notre souffle au-dessus des outils

Speak white and loud!
Qu’on vous entende
De Saint-Henri à Saint-Domingue
Oui quelle admirable langue
Pour embaucher
Donner des ordres
Fixer l’heure de la mort à l’ouvrage
Et de la pause qui rafraîchit
Et ravigote le dollar

Speak white!
Tell us that God is a great big shot
And that we’re paid to trust him
Speak white!
Parlez-nous production, profits et pourcentages
Speak white!
C’est une langue riche
Pour acheter
Mais pour se vendre
Mais pour se vendre à perte d’âme
Mais pour se vendre

Ah! Speak white!
Big deal
Mais pour vous dire
L’éternité d’un jour de grève
Pour raconter
Une vie de peuple-concierge
Mais pour rentrer chez nous le soir
A l’heure où le soleil s’en vient crever au-dessus des ruelles
Mais pour vous dire oui que le soleil se couche oui
Chaque jour de nos vies à l’est de vos empires
Rien ne vaut une langue à jurons
Notre parlure pas très propre
Tachée de cambouis et d’huile

Speak white!
Soyez à l’aise dans vos mots
Nous sommes un peuple rancunier

Mais ne reprochons à personne
D’avoir le monopole
De la correction de langage

Dans la langue douce de Shakespeare
Avec l’accent de Longfellow
Parlez un français pur et atrocement blanc
Comme au Viêt-Nam au Congo
Parlez un allemand impeccable
Une étoile jaune entre les dents
Parlez russe, parlez rappel à l’ordre, parlez répression
Speak white!
C’est une langue universelle
Nous sommes nés pour la comprendre
Avec ses mots lacrymogènes
Avec ses mots matraques

Speak white!
Tell us again about Freedom and Democracy
Nous savons que liberté est un mot noir
Comme la misère est nègre
Et comme le sang se mêle à la poussière des rues d’Alger ou de Little Rock

Speak white!
De Westminster à Washington, relayez-vous!
Speak white comme à Wall Street
White comme à Watts
Be civilized
Et comprenez notre parler de circonstance
Quand vous nous demandez poliment
How do you do?
Et nous entendez vous répondre
We’re doing all right
We’re doing fine
We are not alone

Nous savons que nous ne sommes pas seuls

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8 Réponses

  1. Je ne savais pas que c’était Marie Eckel qui parlait.

    J’aime mieux celle où c’est Falardeau qui parle.

    1. Merci! Intéressant!

  2. Ah oui c’est très fort également. Superbe.

    Sur Ceriselibertaire on m’a offert cela un jour :
    THE COME-ON
    Douglas Dunn 1979 Barbarians
    Traduction envoyée par ouanda

    d’avoir vu l’âme de mon peuple
    touchée des doigts par les êtres sans cœur
    ranime l’amère exsudation de ma rancune.
    Le simple suintement du « milieu »
    reprend le dessus effaçant les quelques nourritures
    que l’intellect avait reçu de l’école ou des livres,
    ou ce qu’il avait accumulé en questionnant le monde.
    Des textes enchanteurs, objet d’amour,
    passés au crible pour y trouver le mandat généreux
    d’avoir foi en celui que je suis,
    en ce que j’ai vécu et ressenti, pourraient tout aussi bien
    ne pas exister dés lors que des êtres vils
    surviennent avec leurs histoires de « charbon dans la baignoire »
    ou se gaussent de votre accent.
    Même aujourd’hui je suis embarrassé
    face à moi-même, face à ma candeur.
    écoutez maintenant les « professions libérales
    réaffirmer leurs droits »:
    possession de la terre, propriété du travail,
    « niveau de vie » convenable.
    Dans un bip-bip de petits vers, de romans-loisir,
    de noire circulation à Oxbridge
    -livres et bicyclettes : bile du succès-
    des hommes en vêtement de prunelle
    déclinent leurs titres, et leur culture nous domine,
    une culture faite de connivence,
    d' »autorité », d’artifices pour une doucereuse récupération.
    où est donc la  » Poésie »?.
    Mes frères, nous n’avons pas de culture, à ce qu’ils disent.
    Nous ne sommes pas de la bonne société.
    Notre niveau, c’est le populaire, les médias,
    les colonnes à sensation.
    A moins d’entrer par la porte étroite
    ménagée dans le mur qu’ils ont construit,
    pour les rejoindre dans la « tradition désintéressée »
    des thés , des distiques arrosés
    de xérès, et des remarques décantées, pontifiantes.
    C’est pourquoi nous les assourdirons
    avec le staccato monotone de nos machines à écrire.
    Mais conduisez-vous correctement-
    menaces et rossées n’y feront rien: ils l’emportent en nombre.
    Continuez à boire de la bière s’il le faut,
    mais apprenez à reconnaître un bon vin d’un autre-
    notre honnêteté est ruse.
    Nous les vaincrons par les bienséances, les belles manières,
    aussi retorse que le langage.
    Prenez le thé aux séminaires avec le fils du roi-
    il ne s’apercevra de rien.
    Exploitez votre savoir comme le mime son visage.
    Sachez distinguer un couteau d’un autre.
    Vous perdrez courage mais ne le montrez pas; soyez patients;
    Et installez-vous sur le haut mur, assis
    sur les tessons de bouteilles acérés et les barbelés,
    à regarder les jardiniers.
    Un jour nous sauterons dans le jardin,
    et nous ouvrirons grande, très grande la porte.
    Nous aussi nous serons fils de rois et gardiens,
    et alors il n’y aura plus de murs:
    notre rancune paraîtra étrange, terrible.

  3. La liberté individuelle commence par la liberté des peuples. Un peuple soumis ne peut pas avoir des individus libres. Y a quoi que les anars n’ont pas compris ?

    En pretendant defendre les individus et combattre l’etatisme et les nations, ils se transforment en supporter de l’ultra-nationalisme et l’imperialisme canadien et l’imperialisme anglais qui tue la diversité et donc la liberté individuelle ! Les anars defenseurs de la globalisation, on aura tout vu. Jamais vu des anars plus cons que les anars canadiens et encore pire canayens-francais ! Putain de colonisés à genoux et ca nous parle de liberation ! Ha ha ha ! Les branlots !

    1. Bien dit!

      Bon retour Reblochon! 🙂

  4. franco le français

    ho les québécois, Michèle Lalonde a donné au Québec sinon le, sans l’un de ses plus beaux textes avec son « speak white ». Alors, le moins que vous puissiez faire, c’est au moins le retranscrire correctement!! il est bourré de fautes d’orthographes et il lui manque des vers!! ( « parlez nous productions profits et pourcentages » ).

    1. Je vais revoir ce texte. Je suis désolé, sérieusement! 😦

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