Réponse à Étienne Bernier (et une très succincte réponse à « Pourquoi le carré rouge n’est plus mon avatar? »)

Dernièrement, j’ai reçu ce commentaire d’Étienne Bernier. Le voici:

(anciennement Bastiat79) David, dans le contexte soviétisé mentionné ci-haut, peux-tu m’expliquer pourquoi les anarchistes trippent tant sur le carré rouge? Il me semble que d’un point de vue anarchiste, le carré rouge symbolise l’apprenti apparatchik qui étudie avant tout parce que ça lui garantit une position hiérarchique (poste de prof ou de fonctionnaire, optométriste cartélisé qui charge 10x le prix des lunettes, etc etc). Le carré vert, malgré le discours pas toujours au point, ne demande pas à ce que la police brutalise juste un peu plus les contribuables pour lui payer ses études. Il veut surtout être laissé tranquille. Pourquoi ça répugne tant les anarchistes?

Je lui ai répondu en partie ici. Tout de même, je vais y répondre point par point dans ce présent billet.

David, dans le contexte soviétisé mentionné ci-haut, peux-tu m’expliquer pourquoi les anarchistes trippent tant sur le carré rouge?

D’abord, ce ne sont pas tous les anarchistes qui trippent sur le carré rouge. Lisez ce billet d’Anne Archet et vous allez voir que ce n’est clairement pas son cas. De plus, je ne crois que les anarchistes hors-Québec, ignorant le contexte socio-politique actuel du Québec, seraient en grande majorité d’accord avec les carrés rouges.  Par ailleurs, je vois deux principales raisons qui expliquent l’attrait des anarchistes du Québec pour les carrés rouges:

1) Le mode d’organisation de la CLASSE, qui reprend certains éléments du concept de la démocratie directe si chère aux anarchistes collectivistes. Personnellement, je suis de tendance plus individualiste et je préfère des consensus à la plus petite échelle possible (i.e. le plus individuellement possible) mais tout de même, j’aime beaucoup mieux la démocratie directe que la médiocrassie pseudo-représentative à la sauce « Tu votes aux 4 ans, le reste du temps, c’est comme une dictature: ta yeule, c’est le gouvernement et ses ti-n’amis affairistes qui décident! »

2) L’attachement conjoint et curieusement solidaire des carrés rouges et du gouvernement libéral à l’université soviétisée, justement. Alors, les anarchistes choisissent le moindre des deux maux disponibles, i.e. les carrés rouges. Par exemple, si des « carrés turquoises et noirs » recevaient l’appui de certaines associations étudiantes et proposaient  une vraie alternative anarchiste en éducation, i.e. de désétatiser (pas privatiser, mais désétatiser sous la forme d’institutions auto-gérées et ouvrir à la concurrence privée) complètement l’instruction en retour de droits civils accrus et, surtout, d’une défiscalisation équivalente pour tous à celle occupée présentement par l’instruction dans les dépenses de l’État, les anarchistes n’auraient aucun problème à laisser complètement tomber le carré rouge, car en plus, il est pratiquement certain que les universités seraient plus accessibles dans un tel contexte que présentement et qu’on aura enfin supprimé cette horreur qu’est l’instruction obligatoire jusqu’à 16 ans pour tous.

D’un point de vue personnel, j’ai appuyé et j’appuie toujours la revendication principale des carrés rouges, i.e., celle d’annuler la hausse prévue par le gouvernement Charest, car manifestement, les gouvernements gaspillent de manière éhontée l’argent des CONtribuables dans d’autres secteurs et que je préfère qu’on dépense l’argent volé aux CONtribuables dans l’annulation  de la hausse plutôt que de la détourner dans l’arsenal corpo-répressif des gouvernements. Par contre, ça ne veut pas dire que j’appuie tout ce que les carrés rouges ont fait ou dit. En fait, étant donné leur obstination mal avisée à obéir à ce que Jean Charest leur demande, j’ai décidé de laisser tomber le carré rouge dans mon avatar de blogue.

« Il me semble que d’un point de vue anarchiste, le carré rouge symbolise l’apprenti apparatchik qui étudie avant tout parce que ça lui garantit une position hiérarchique (poste de prof ou de fonctionnaire, optométriste cartélisé qui charge 10x le prix des lunettes, etc etc). »

D’abord, selon cette prémisse, tous les étudiants symboliseraient cette réalité peu enviable, qu’ils soient des carrés rouges ou pas. Ensuite, il n’est pas nécessaire d’étudier à l’université pour obtenir des positions hiérarchisées, parfois même encore plus répressifs. Policiers, militaires, dois-je vraiment donner d’autres exemples? Aussi, le rêve de telles positions hiérarchisées ne semble pas tellement partagé par les militants étudiants, du moins selon ce que je constate sur le terrain (sauf entre autres pour Léo Bureau-Blouin, le petit chien-chien à Pauline). De plus, le gouvernement libéral est beaucoup plus favorable à la hiérarchisation du savoir que les étudiants et il a justement pris cette décision en fonction d’une hiérarchisation encore plus accrue du savoir. Alors, je peux comprendre l’affirmation de ce commentateur du point de vue de la symbolique, mais ça ne me semble pas tout à fait refléter la réalité.

Personnellement, j’aime l’enseignement mais je ne veux pas donner des ordres à mes étudiants et en recevoir le moins possible moi-même. De plus, j’aime mieux continuer à étudier que d’aller me soumettre à ce système d’esclavage à temps partiel communément appelé «marché du travail», pour plagier copieusement Anne Archet. Alors, mon rêve le plus fou (à part bien sûr de participer à une orgie seul avec 12 femmes😉 ) serait d’être capable de vivre en enseignant en dehors du système formel d’instruction, mais cela est très difficile, alors je continue de tenter d’enseigner, malgré le caractère hiérarchisé de cette carrière dans le système formel d’enseignement. Mais j’aime mieux tenter cette aventure que de devenir un criminel militaro-terroriste qui se fait payer ses études gratuitement. (d’ailleurs, avez-vous remarqué que ceux qui s’opposent au mouvement étudiant ne voient aucun problème avec cette gratuité scolaire?)

« Le carré vert, malgré le discours pas toujours au point, ne demande pas à ce que la police brutalise juste un peu plus les contribuables pour lui payer ses études. Il veut surtout être laissé tranquille. Pourquoi ça répugne tant les anarchistes?« 

Ce commentateur semble faire de la projection, car cela ressemble beaucoup à sa propre position. Et je le précise, sa position personnelle sur l’instruction ressemble beaucoup plus à la mienne et à celle des anarchistes qu’à celle des carrés rouges et des carrés verts qui n’ont en général aucun problème avec l’université soviétisée. Cependant, ce n’est pas ce que je constate des carrés verts sur le terrain. Ces gens-là n’ont généralement aucun problème à ce que la police brutalise encore plus les gens et les contribuables et à ce qu’on détourne l’argent qui devrait aller en priorité aux programmes sociaux et à l’instruction afin de subventionner l’arsenal corpo-répressif des gouvernements. Alors oui, ils veulent juste qu’on les laisse tranquille, en obtenant ça par la violence et l’intimidation de leurs maîtres!

Toutes ces considérations ainsi que le fait que les carrés verts agissent généralement en laquais du gouvernement libéral, particulièrement dans leur campagne de propagande électoraliste contre le mouvement des carrés rouges, font en sorte que les anarchistes trouvent répugnants les carrés verts. Je n’ai jamais vu au Québec une campagne aussi virulente de démagogie, de salissage, d’insultes et de diffamation à des fins politiques envers un groupe particulier. Jamais aussi pire que ce qui se produit depuis le début de cette pseudo-crise étudiante! À faire passer Jeff Filion et André Arthur pour des intellectuels réfléchis! Sombrer encore plus creux que la radio-poubelle de Québec est tout un exploit, et la charogne soi-disant libérale (des hypocrites qui réclamaient pourtant la fermeture de CHOI Radio X il n’y a pas si longtemps!) ainsi que ses serviteurs médiatiques ont très bien relevé ce défi!

Quant à la prétention que les carrés rouges voudraient que la police brutalise juste un peu plus les contribuables pour payer les études, je suis d’accord avec le commentateur. Il s’agit là d’une contradiction majeure dans le discours des carrés rouges. Comment peut-on à la fois être contre la brutalité policière lors des manifs et pour cette même brutalité ailleurs? Or, on sait fort bien qu’il s’agit d’un problème de choix des dépenses gouvernementales, pas d’ampleur des revenus de l’État. Néanmoins, contrairement à la prétention curieusement convenue solidairement par les carrés rouges, les carrés verts et le gouvernement libéral, il est très facile d’annuler cette hausse sans accroître le fardeau fiscal des CONtribuables. Mais ce ne serait pas payant politiquement, particulièrement pour la charogne soi-disant libérale…

9 Réponses

  1. Il faudrait ajouter, sur les carrés verts, que nombre d’entre eux veulent une réforme du règlement des assos étudiantes, conduite par le gouvernement, pour que les assos ne servent plus qu’à organiser des partys avec l’argent des membres. Ils sont donc en faveur d’une présence bien plus forte de l’État…

    1. En effet, j’aurais pu l’ajouter.

  2. Merci David d’avoir pris le temps de faire une réponse bien réfléchie. Je ne commenterai pas ce qui se passe sur le « terrain » car je ne m’y connais pas assez.

    Je suis bien d’accord que ceux qui ont étudié dans les disciplines « payantes » profitent bien plus de la hiérarchisation que ceux qui ont étudié dans les disciplines « non-payantes ».

    Cependant, je pense aussi qu’un diplôme dans une discipline « payante » serait quand même partiellement utile dans une hypothétique société non hiérarchisée. Mais peut-on en dire autant d’un diplôme dans une discipline « non-payante »? En ce sens, je maintiens ma position que les étudiants qui ont la « grève facile » sont justement peut-être ceux qui sont le plus à la remorque de la hiérarchisation, même si ce n’est pas conscient de leur part.

    1. Je parle bien de la plus-value du papier du diplôme. Si je veux troquer une livre de beurre contre une leçon d’histoire, je me fous bien que mon interlocuteur se soit auto-formé sur YouTube. Si c’est pour un triple-pontage, c’est une autre histoire.

      Anne Archet est toujours excellente, bien que je ne comprenne toujours pas trop la différence entre « travail » et la liste de tâches plates qu’il faudra quand même faire après le Grand Jour. J’aime bien son terme « rouage », car l’université est à l’étatisme ce que le clergé est à la monarchie. (Ce que je peux dire ouvertement maintenant que j’ai fini mon doctorat, question de ne pas trop nuire à mon profit en bon libertarien.)

      1. « Si je veux troquer une livre de beurre contre une leçon d’histoire, je me fous bien que mon interlocuteur se soit auto-formé sur YouTube. Si c’est pour un triple-pontage, c’est une autre histoire. »

        Oui, en effet, il pourrait facilement y avoir moins d’historiens diplômés en histoire. Aucun problème avec ça.

        « Anne Archet est toujours excellente, bien que je ne comprenne toujours pas trop la différence entre “travail” et la liste de tâches plates qu’il faudra quand même faire après le Grand Jour. »

        Faudrait lui demander. Ce que je peux dire, c’est que le « travail » a un caractère hiérarchisé qui répugne les anars (et attention, je ne suis pas contre les contraintes techniques et les contraintes humaines dues, par exemple, à la synchronisation avec des fournisseurs), mais certaines d’activités (sauf celles accomplies pour respecter les règles étatiques, qui prennent une grosse place) accomplies actuellement par le travail devront se faire quand même. De plus, elle parle souvent d’accomplir des activités de subsistance et de les considérer comme un jeu, au même titre que la chasse et la pêche.

        As-tu déjà lu ce billet?

        http://flegmatique.net/2012/05/01/deproletarisons-nous/

        Et il y a ce commentaire, qui traduit bien ce qu’elle pense là-dessus.

        http://flegmatique.net/2012/05/01/deproletarisons-nous/#comment-655

      2. « J’aime bien son terme “rouage”, car l’université est à l’étatisme ce que le clergé est à la monarchie. »

        En effet, quoique l’université est moins autoritaire en termes de droits civils que le clergé.

        Bravo pour ton doctorat, sérieux!🙂🙂🙂

    2. « Cependant, je pense aussi qu’un diplôme dans une discipline “payante” serait quand même partiellement utile dans une hypothétique société non hiérarchisée. »

      Entièrement d’accord avec toi là-dessus!

      « Mais peut-on en dire autant d’un diplôme dans une discipline “non-payante”? »

      Peut-être en moins grand nombre mais je crois que ça pourrait être encore utile. Ceci dit, ils ne pourraient pas faire la même chose que présentement, contrairement aux autres.

  3. La tactique du Black Bloc s’est par la suite diffusée dans les réseaux punks, anarchistes et antifascistes. Il semble que les premiers Black Blocs apparaissent en Amérique du Nord dans les années 1990 dans le mouvement antiraciste radical et les mobilisations contre la première guerre contre l’Irak. Le phénomène Black Bloc attire encore l’attention depuis une dizaine d’années dans les grandes mobilisations contre les institutions internationales associées au néolibéralisme et à la mondialisation du capitalisme (Seattle en 1999, Sommet des Amériques à Québec en 2001, etc.). Plus récemment, des Black Blocs sont passés à l’action directe lors du Sommet du G20 à Toronto (2010) et dans les manifestations du mouvement « Occupy », en particulier à Oakland et à Rome.

  4. Toutes ces considérations ainsi que le fait que les carrés verts agissent généralement en laquais du gouvernement libéral, particulièrement dans leur campagne de propagande électoraliste contre le mouvement des carrés rouges, font en sorte que les anarchistes trouvent répugnants les carrés verts. Je n’ai jamais vu au Québec une campagne aussi virulente de démagogie, de salissage, d’insultes et de diffamation à des fins politiques envers un groupe particulier. Jamais aussi pire que ce qui se produit depuis le début de cette pseudo-crise étudiante! À faire passer Jeff Filion et André Arthur pour des intellectuels réfléchis! Sombrer encore plus creux que la radio-poubelle de Québec est tout un exploit, et la charogne soi-disant libérale (des hypocrites qui réclamaient pourtant la fermeture de CHOI Radio X il n’y a pas si longtemps!) ainsi que ses serviteurs médiatiques ont très bien relevé ce défi!

%d blogueurs aiment cette page :