Révolution tunisienne et exclusion sociale des instruits

Un dénommé Sylvain Dessy, professeur au Département d’économique à l’Université Laval (je le connais assez bien en fait), a formulé ce lien très intéressant entre l’exclusion sociale des instruits et la révolution tunisienne. En particulier, portez bien attention à l’extrait suivant, surtout à ce qui est en gras, et faites le lien avec ce qui se passe au Culbec:

« Le pays a construit des infrastructures, de nouvelles routes, de nouveaux édifices, s’est doté aussi d’une grande capacité sociale en investissant en éducation et dans le secteur de la santé. On a produit beaucoup de diplômés. Par contre, et c’est là que le bât blesse, on n’a pas su créer des conditions pour absorber cette nouvelle force de travail. Le taux de chômage général est autour de 13 % à 14 %, mais représente 25 % à 30 % chez les diplômés. Ce sont les secteurs de l’énergie, des mines, de l’agriculture, avec la production d’agrumes, d’olives, qui dominent les exportations en Tunisie, des secteurs qui emploient une main-d’œuvre non qualifiée. Voilà le paradoxe. Le pays bénéficie d’une croissance mais elle n’est pas répartie de façon équitable, surtout pour des gens qui ont investi dans leur éducation sans obtenir de rendement. D’où une grande frustration chez des diplômés qui savent s’organiser, qui comprennent le fonctionnement de la société. Malgré la censure, ils ont de plus grandes ressources pour s’exprimer, s’organiser. De plus, en se comparant à des diplômés tunisiens installés à l’étranger, ils prennent conscience de leur situation, et cela appelle à l’action. »

Dans une moindre mesure en ordre de grandeur (je ne prétends pas que la situation actuelle du Culbec se compare avec celle de la Tunisie), cette situation systémique d’exclusion sociale des instruits ne commence-t-il pas graduellement à se reproduire au Culbec? D’après ce que je constate sur le terrain, le processus en est à tout le moins à ses premiers balbutiements…

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12 Réponses

  1. @David : Très bonne analyse. Ce que vous soulignez, c’est la perte de pouvoir de la FORMOISIE, cette strate des prolétaires qui ont acquis un prestige social grâce à la FORMATION. C’est exactement cette strate qui a éradiquée toute crédibilité de l’URSS en refusant d’abandonner ses privilèges. C’est la strate de Joseph Staline…. Quoi qu’il en soit, l’important à garder en tête, c’est que l’économie moderne est marquée par une chute des en besoins en travailleurs formés et donc les mouvements pro-formoisie comme en Tunisie, au Québec ou en Grèce ressurgissent. Pour sortir de cette boucle interminable, les libéraux-égalitaristes dont je fais parti prônent un réel salaire égale pour TOUS les terriens. Si on divise le PIB mondial par le nombre d’habitants sur la planète, on pourrait offrir 1500$ par mois à TOUS les humains, femmes, hommes, enfants, vieillards. Vous imaginez? Si cela vous intéresse, je vous propose la lecture du texte « Comment renverser le pouvoir des corporations, des multinationales et des gouvernements corrompus? » : http://unionrevolte.blogspot.com/2011/01/comment-renverser-le-pouvoir-des.html

    1. Oh, désolé pour la modération. Merci! 🙂

      Mais donnons surtout crédit au professeur Dessy.

    2. « Ce que vous soulignez, c’est la perte de pouvoir de la FORMOISIE, cette strate des prolétaires qui ont acquis un prestige social grâce à la FORMATION. C’est exactement cette strate qui a éradiquée toute crédibilité de l’URSS en refusant d’abandonner ses privilèges. »

      C’est plus que ça. C’est l’exclusion sociale encore plus vigoureux chez les instruits que chez les autres prolétaires qui a réveillé les Tunisiens, pas juste des pertes de privilèges.

      La formoisie ne mérite aucun privilège, mais mon point n’est pas là.

    3. Je suis contre l’égalitarisme forcé. Je suis en faveur de la solidarité volontaire.

    1. Merci pour le lien!

      Dois-je comprendre que les gens sont trop nombreux à se diplômer par mimétisme?

      1. Surtout s’il s’agit de faux diplômes de fausses universités!

        Il ne faut pas oublier que le succès anglo-saxon provient aussi d’une culture qui autorise et encourage l’individu à chercher de nouvelles façons de faire les choses, plutôt que de taper sur les têtes qui dépassent. On le voit bien dans les écoles d’ingénieurs: la fibre « patenteuse » est plutôt rare chez les étudiants occidentaux, et encore plus rare chez les autres.

        1. Juste pour que je comprenne mieux, peux-tu définir « fausses universités », stp?

          1. J’avoue ne pas avoir été sérieux en écrivant cela. Mais disons qu’une fausse université est une université sans connaissances tacites.

            1. Ah, là je comprends mieux! 😉

          2. Un groupe de mouches (diplômées, pour compliquer le problème) se promènent sur une charrette de foin. Est-ce que ce sont les mouches ou les chevaux qui font avancer la charrette?

            Indices:
            1) Il est impossible de faire avancer le foin sans les mouches puisqu’il y aura toujours des mouches sur le foin.
            2) Interdiction d’utiliser les lois de Newton. Newton était associé au lobby des éleveurs de chevaux.

            1. C’est Dieu qui ordonne aux chevaux de le faire avancer, pas besoin de Loi de Newton! 😉

              Ou bien ça va prendre énormément de mouches (et encore là, les mouches seraient soumises à la loi de Newton ;), ce qui est interdit ) pour obtenir la même force qu’un seul cheval, ce qui rend la tâche pratiquement impossible.

              Et si la loi de Newton n’existait pas (et que Dieu n’accomplit pas son miracle 😉 ), les chevaux ne pourront rien faire.

              Ou bien il faudrait que la pensée magique s’en occupe. 😉

              Ouais, je vois ton idée…

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