Pourquoi les anarchistes et les libertariens non-vulgaires doivent être anti-capitalistes et pro-marché?

(Notes: Il s’agit d’une traduction quasi intégrale de ce billet de François Tremblay, avec quelques changements et adaptations qui traduisent mieux ma pensée. Les termes socialisme, capitalisme et communisme sont utilisés dans leur sens étatiste, pervertie (surtout dans le cas du communisme, dont la version théorique originale n’a jamais existé en pratique) et courante. Je ne remets pas en question la pertinence de l’anarcho-communisme ou de l’anarcho-socialisme dans ce billet.)

L’utilisation du terme « capitalisme » par les anarcho-capitalistes (ce qui devrait être désigné plus judicieusement par anarchistes de marché), les économistes autrichiens et les objectivistes, est regrettable, car il crée de la confusion dans les discussions, comme dans la plupart des discussions entre les libertariens non-vulgaires, les anarchistes individualistes (j’en suis un), et les anarchistes collectivistes. Voilà le problème majeur à essayer de redéfinir les mots à son propre compte: ça prend trop de temps à le faire, et dans l’intervalle de temps vous ne réussissez qu’à aliéner tout le monde qui utilise encore la définition courante (d’ailleurs, je devrais cesser d’utiliser le terme crime pour le remplacer par le terme agression) .

Le capitalisme, comme la quasi-totalité des gens le comprennent, est ce système économique étatiste que nous subissons actuellement dans la majeure partie du monde occidental, un système où il y a une synergie entre la classe dirigeante et les riches et puissantes entités corporatistes au sein d’une société, qui se prêtent assistance mutuelle les uns des autres autant qu’ils le peuvent, au détriment de la population en général.

En tant qu’anarchistes et en tant que libertariens non-vulgaires, nous sommes censés de nous opposer au capitalisme pour de nombreuses raisons, la plus importante de celles-ci étant que nous nous opposons à l’État dans son ensemble (sauf pour les minarchistes). Le capitalisme, comme le socialisme et le communisme, peuvent être décrits comme une forme de relation entre l’État et les entreprises. Dans le capitalisme, l’État est l’allié des corporations, dans le socialisme, l’État est l’antagoniste des corporations, et dans le communisme, l’État prend en charge toutes les corporations et, par conséquent, assume pleinement le pouvoir des entreprises (ce qui conduit à la conclusion contre-intuitive que le communisme est l’expression la plus complète du capitalisme!).

Dans une anarchie, il ne peut y avoir des « structures socialistes » ou des « structures capitalistes », il y a seulement le marché. Inutile de débattre si les anarchistes devraient soutenir les marchés ou non, parce que l’anarchie ne peut tout simplement pas exister sans les marchés comme base économique, comme d’ailleurs toutes les propositions soi-disant « anti-marché » faites par les anarchistes collectivistes (comme le système de troc ou le don) ne sont que des formes différentes de marchés. Les gens sont complètement libres de choisir le type de régime sous lequel ils veulent vivre, ainsi que de limiter volontairement cette liberté si elles le souhaitent. Le seul véritable facteur limitant est l’ouverture d’esprit des gens et leur volonté d’aller au-delà de ce qui est traditionnel ou accepté socialement (comme l’actuel système législatif étatique et monopolistique).

Le capitalisme et le marché sont à peu près aussi semblables que le créationnisme est semblable à la réalité scientifique. Le capitalisme est basé sur la concentration du pouvoir, les hiérarchies de pouvoir et la spécialisation du travail. Les marchés sont basés sur un seul de ces trois principes fondamentaux, la spécialisation du travail. Dans un marché, il n’y a que la spécialisation du travail qui y est possible (Attention, la spécialisation du travail n’est pas une compsosante essentielle d’un marché, même si personnellement j’y suis en faveur. J’accepte les arguments des collectivistes qui sont en défaveur de ce principe et des approches différentes peuvent coexister.) et les deux autres, ceux qui créent toute l’exploitation dans les sociétés capitalistes, ne sont pas partie intégrante des marchés. En fait, les anarchistes sont contre les hiérarchies de pouvoir, qui causent beaucoup de la concentration du pouvoir en premier lieu, les règles de l’État et son influence s’en ensuivant.

L’anarchie est égalitaire et anti-hiérarchique. Le capitalisme est inégalitaire et antagonise les classes sociales. L’anarchie respecte les libertés individuelles et laisse la place à des associations collectives volontaires. Le capitalisme est coercitivement collectiviste et ne respecte pas les libertés individuelles.

J’espère que les autres anarchistes et les libertariens non-vulgaires vont comprendre que je suis de leur côté concernant cette question.

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5 Réponses

  1. Ce que je déplore surtout ce sont les capitalistes qui font leur argent avec l’argent de l’état comme Bombardier (qui aurait fait faillite depuis longtemps si le gouvernement n’était pas si souvent intervenu pour sauver leurs jobs à 100K$ l’unité) ou Alcan ou Alcoa, des alumineries qui profite de la « nationalisation » de l’électricité pour exploiter leurs entreprises à prix modique tout en menaçant continuellement de lever les feutres.

    Le principal problème dans le capitalisme est effectivement l’état et le capitalisme étatique et tous les parasites (politiciens, dirigeants de centrales syndicales, etc) qui gravitent autour.

    Si l’état était vu pour autre chose qu’une jarre à bonbons dans laquelle on pige indûment sans vergogne, ça serait déjà un bon départ…avant la révolution libertarienne-anarchiste.

  2. « Le capitalisme est basé sur la concentration du pouvoir, les hiérarchies de pouvoir »

    En effet et crime que tout le monde tombe dans le panneau. 99% des jobs impliquent une hiérarchie. Je déteste ces hiérarchies qui sont une abrutissement de l’humain dans une subordination totale et complète faite par des gens vivant des « power trips » très intenses et se croient tout permis en mini-dictateurs, bref, faites ce que je dis, pas ce que je fais. Quelle innocenterie humaine, que de connaissance apprise pour un tel avélissement, un tel lèche-bottisme.

    Je sais que moi, j’ai toujours été un meilleur étudiant qu’un meilleur travailleur surtout à cause de cette subordination à une autorité qui vraisemblablement ne la mérite pas. Ça doit ête pour cela que certains sont pourris à l’école et bon dans le monde du travail, ils font d’excellents subordonnés soumis et de bons chiens de Pavlov.

  3. Merci beaucoup de la traduction!

    En lisant ceci, je me rends compte que j’aurais aussi du noter que beaucoup d’Anarchistes sont contre la spécialisation du travail. Alors dans ce cas ils sont complètement l’inverse du capitalisme. Pour ma part, je ne suis pas contre la spécialisation du travail, mais je comprends les arguments contre et je les tolère.

  4. « Pour ma part, je ne suis pas contre la spécialisation du travail, mais je comprends les arguments contre et je les tolère. »

    Bon point François, je n’y avais pas pensé! En raison de ça, j’ai fait une modification à ce billet.

  5. Excellents commentaires Tym Machine!

    Ah, le BS corporatiste…

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