Speak white, un poème de Michèle Lalonde
Posté par David Gendron le 30 septembre 2009
Suite à cette suggestion pertinente de MFL, voici un autre court métrage de Pierre “Mussolini” (sic) Falardeau et Julien Poulin portant sur le poème Speak white de Michèle Lalonde. Avec la voix de Marie Eykel, la comédienne qui a joué le personnage de Passe-Partout, en prime! À part le terme “peuple”, qui est une abstraction collective, quoique moins pire que celle de “nation”, il n’y a rien d’autre de choquant pour un anarchiste dans ce poème, en principe. Malgré les dérives nationaleuses étatistes de certains séparatistes, incluant Falardeau lui-même (mais il était loin d’être le pire!), les anarchistes devraient toujours privilégier l’autodétermination des peuples (oui, je sais, la liberté des individus est la priorité mais c’est un moindre mal pour commencer!) plutôt que la centralisation néo-colonialiste, qui est une variété encore plus criminelle du nationalisme étatiste.
Encore une fois, voici le film, suivi du texte. Bon visionnement et bonne lecture!
Speak white
Speak white
Il est si beau de vous entendre
Parler de Paradise Lost
Ou du profil gracieux et anonyme qui tremble
Dans les sonnets de Shakespeare
Nous sommes un peuple inculte et bègue
Mais ne sommes pas sourds au génie d’une langue
Parlez avec l’accent de Milton et Byron et Shelley et Keats
Speak white
Et pardonnez-nous de n’avoir pour réponse
Que les chants rauques de nos ancêtres
Et le chagrin de Nelligan
Speak white
Parlez de chose et d’autres
Parlez-nous de la Grande Charte
Ou du monument de Lincoln
Du charme gris de la Tamise
De l’eau rose du Potomac
Parlez-nous de vos traditions
Nous sommes un peuple peu brillant
Mais fort capable d’apprécier
Toute l’importance des crumpets
Ou du Boston Tea Party
Mais quand vous really speak white
Quand vous get down to brass tacks
Pour parler du gracious living
Et parler du standard de vie
Et de la Grande Société
Un peu plus fort alors speak white
Haussez vos voix de contremaîtres
Nous sommes un peu dur d’oreille
Nous vivons trop près des machines
Et n’entendons que notre souffle au-dessus des outils
Speak white and loud
Qu’on vous entende
De Saint-Henri à Saint-Domingue
Oui quelle admirable langue
Pour embaucher
Donner des ordres
Fixer l’heure de la mort à l’ouvrage
Et de la pause qui rafraîchit
Et ravigote le dollar
Speak white
Tell us that God is a great big shot
And that we’re paid to trust him
Speak white
C’est une langue riche
Pour acheter
Mais pour se vendre
Mais pour se vendre à perte d’âme
Mais pour se vendre
Ah! speak white
Big deal
Mais pour vous dire
L’éternité d’un jour de grève
Pour raconter
Une vie de peuple-concierge
Mais pour rentrer chez-nous le soir
À l’heure où le soleil s’en vient crever au dessus des ruelles
Mais pour vous dire oui que le soleil se couche oui
Chaque jour de nos vies à l’est de vos empires
Rien ne vaut une langue à jurons
Notre parlure pas très propre
Tachée de cambouis et d’huile
Speak white
Soyez à l’aise dans vos mots
Nous sommes un peuple rancunier
Mais ne reprochons à personne
D’avoir le monopole
De la correction de langage
Dans la langue douce de Shakespeare
Avec l’accent de Longfellow
Parlez un français pur et atrocement blanc
Comme au Viet-Nam au Congo
Parlez un allemand impeccable
Une étoile jaune entre les dents
Parlez russe parlez rappel à l’ordre parlez répression
Speak white
C’est une langue universelle
Nous sommes nés pour la comprendre
Avec ses mots lacrymogènes
Avec ses mots matraques
Speak white
Tell us again about Freedom and Democracy
Nous savons que liberté est un mot noir
Comme la misère est nègre
Et comme le sang se mêle à la poussière des rues d’Alger ou de Little Rock
Speak white
De Westminster à Washington relayez-vous
Speak white comme à Wall Street
White comme à Watts
Be civilized
Et comprenez notre parler de circonstance
Quand vous nous demandez poliment
How do you do?
Et nous entendez vous répondre
We’re doing all right
We’re doing fine
We are not alone
Nous savons que nous ne sommes pas seuls.
Tym Machine a dit
Je ne savais pas que c’était Marie Eckel qui parlait.
J’aime mieux celle où c’est Falardeau qui parle.
Tym Machine a dit
David Gendron a dit
Merci! Intéressant!
nicocerise a dit
Ah oui c’est très fort également. Superbe.
Sur Ceriselibertaire on m’a offert cela un jour :
THE COME-ON
Douglas Dunn 1979 Barbarians
Traduction envoyée par ouanda
d’avoir vu l’âme de mon peuple
touchée des doigts par les êtres sans cœur
ranime l’amère exsudation de ma rancune.
Le simple suintement du “milieu”
reprend le dessus effaçant les quelques nourritures
que l’intellect avait reçu de l’école ou des livres,
ou ce qu’il avait accumulé en questionnant le monde.
Des textes enchanteurs, objet d’amour,
passés au crible pour y trouver le mandat généreux
d’avoir foi en celui que je suis,
en ce que j’ai vécu et ressenti, pourraient tout aussi bien
ne pas exister dés lors que des êtres vils
surviennent avec leurs histoires de “charbon dans la baignoire”
ou se gaussent de votre accent.
Même aujourd’hui je suis embarrassé
face à moi-même, face à ma candeur.
écoutez maintenant les “professions libérales
réaffirmer leurs droits”:
possession de la terre, propriété du travail,
“niveau de vie” convenable.
Dans un bip-bip de petits vers, de romans-loisir,
de noire circulation à Oxbridge
-livres et bicyclettes : bile du succès-
des hommes en vêtement de prunelle
déclinent leurs titres, et leur culture nous domine,
une culture faite de connivence,
d’”autorité”, d’artifices pour une doucereuse récupération.
où est donc la ” Poésie”?.
Mes frères, nous n’avons pas de culture, à ce qu’ils disent.
Nous ne sommes pas de la bonne société.
Notre niveau, c’est le populaire, les médias,
les colonnes à sensation.
A moins d’entrer par la porte étroite
ménagée dans le mur qu’ils ont construit,
pour les rejoindre dans la “tradition désintéressée”
des thés , des distiques arrosés
de xérès, et des remarques décantées, pontifiantes.
C’est pourquoi nous les assourdirons
avec le staccato monotone de nos machines à écrire.
Mais conduisez-vous correctement-
menaces et rossées n’y feront rien: ils l’emportent en nombre.
Continuez à boire de la bière s’il le faut,
mais apprenez à reconnaître un bon vin d’un autre-
notre honnêteté est ruse.
Nous les vaincrons par les bienséances, les belles manières,
aussi retorse que le langage.
Prenez le thé aux séminaires avec le fils du roi-
il ne s’apercevra de rien.
Exploitez votre savoir comme le mime son visage.
Sachez distinguer un couteau d’un autre.
Vous perdrez courage mais ne le montrez pas; soyez patients;
Et installez-vous sur le haut mur, assis
sur les tessons de bouteilles acérés et les barbelés,
à regarder les jardiniers.
Un jour nous sauterons dans le jardin,
et nous ouvrirons grande, très grande la porte.
Nous aussi nous serons fils de rois et gardiens,
et alors il n’y aura plus de murs:
notre rancune paraîtra étrange, terrible.
Reblochon a dit
La liberté individuelle commence par la liberté des peuples. Un peuple soumis ne peut pas avoir des individus libres. Y a quoi que les anars n’ont pas compris ?
En pretendant defendre les individus et combattre l’etatisme et les nations, ils se transforment en supporter de l’ultra-nationalisme et l’imperialisme canadien et l’imperialisme anglais qui tue la diversité et donc la liberté individuelle ! Les anars defenseurs de la globalisation, on aura tout vu. Jamais vu des anars plus cons que les anars canadiens et encore pire canayens-francais ! Putain de colonisés à genoux et ca nous parle de liberation ! Ha ha ha ! Les branlots !
David Gendron a dit
Bien dit!
Bon retour Reblochon!